Combien de médecins sont nécessaires en Suisse?

Article infosantésuisse


01.08.2017

Planification des soins ambulatoires

Combien de médecins sont nécessaires en Suisse?

La partie statutaire d’une assemblée générale ne marque généralement pas de façon durable son public. En se focalisant sur un thème actuel de la politique de santé, l’assemblée générale du groupe santésuisse suscite néanmoins toujours un vif intérêt. Cette année, la question de la planification optimale des soins ambulatoires en Suisse a été au centre des débats.

Le constat n’est pas nouveau: la planification des besoins et des soins ambulatoires qui tient compte des frontières cantonales n’a souvent que peu de sens. Le fait que 26 cantons proposent une couverture en soinsintégrale alors que les infrastructures chères ne sont pas utilisées à pleine capacité est trop coûteux. Et pourtant, la course aux équipements pratiquée par les cantons se poursuit allègrement et sans coordination, aussi bien dans le domaine ambulatoire que stationnaire. Heinz Brand, président de santé- suisse, l’a dit dans son discours d’introduction: « L’esprit de clocher empêche une planification durable des besoins. Il conduit à des surcapacités et par conséquent à des traitements superflus voire inadéquats à la charge des payeurs de primes».

Prise en charge par les médecins spécialistes dan toute la suisse

 

Spécialités médicales avec prise en charge suprarégionale

Première analyse des flux de patients

Jusqu’à maintenant, on ne disposait pas d’une analyse de données permettant de plaider en faveur d’une planification supracantonale des besoins et de la prise en charge médicale. Comment déterminer où, combien et quel type de médecins sont nécessaires? Dans quel secteur une limitation des admissions s’impose? Le cliché selon lequel nous avons en Suisse trop peu de médecins de famille et trop de spécialistes se vérifie-t-il? Afin que la discussion sur ces points soit objective, santésuisse a réalisé, avec le soutien de la société de conseil Polynomics, une étude sur la prise en charge médicale. Celle-ci constitue une base de décision solide pour une planification nationale optimale de l’approvisionnement en soins. Cette analyse inclut pour la première fois le secteur ambulatoire des hôpitaux pour planifier la prise en charge ambulatoire.

Prestations de premier recours : proche du lieu de résidence ou de travail

L’étude a confirmé le besoin de la population de bénéficier d’une prise en charge de base à proximité du lieu de résidence ou – mobilité croissante oblige – du lieu de travail ou de vacances. A quelques exceptions près en Suisse orientale et centrale, les régions de soins sont plus ou moins calquées sur les frontières cantonales. L’évaluation des données montre que 21 régions seraient nécessaires pour une planification optimale de la catégorie de soins 1 (voir encadré). Elle montre aussi que la proximité de centres urbains influence les flux des patients: les habitants de l’est du canton d’Argovie par exemple se font de plus en plus soigner à Zurich. Et les patients de la région de Bâle-Campagne ont leur médecin généraliste dans le canton de Bâle-Ville.

Médecins spécialistes : planification supracantonale des soins

Dès la catégorie de soins 2 (consultations chez un spécialiste), les flux de patients ne respectent plus strictement les frontières cantonales. Pour consulter l’ophtalmologue ou le gynécologue, les patients sont donc prêts à effectuer un trajet plus long. Pour ces disciplines, la planification optimale impose donc de tenir compte de structures supracantonales. Au lieu de 26 régions, l’étude ne mise que sur dix-sept régions. Si l’on élargit le groupe des médecins spécialistes aux domaines de la radiologie, de la cardiologie, de la chirurgie ou de la rhumatologie – qui font partie de la catégorie de soins 3 – quatorze régions de soins suffiraient amplement.

Prise en charge centralisée à coordonner

Dès la catégorie de soins 4 (spécialistes avec prise en charge suprarégionale), l’«esprit de clocher» devient complètement obsolète. L’examen de ces flux de patients révèle rapidement que les besoins de la population suisse pourraient être couverts de manière optimale avec six régions. L’offre de spécialistes très rares avec une prise en charge centralisée (chirurgie pédiatrique, radio-oncologie et radiothérapie ou médecine nucléaire, qui font partie de la catégorie de soins 5) pourrait se concentrer encore davantage car dans ces domaines hautement spécialisés, trois centres de prise en charge suffiraient pour toute la Suisse – soit un par ré-
gion linguistique.

Soins ambulatoires de base: planification nécessaire mais absence de mandat

En comparant les flux de patients à la densité de médecins spécialistes par région, on obtient également des réponses à la question très discutée de l’offre excessive ou insuffisante. Des signaux souvent contradictoires sont envoyés en ce qui concerne la prise en charge de base. Alors que les cabinets de médecins de premier recours doivent fermer leurs portes parce qu’ils ne trouvent pas de repreneurs, les services ambulatoires des hôpitaux poussent comme des champignons. De plus en plus d’hôpitaux font évoluer leur service d’urgence en centre de soins ambulatoiresrégional doté d’une infrastructure ultramoderne. Souvent en mécontentant le corps médical local qui ressent la nouvelle offre des hôpitaux comme une concurrence déloyale contre laquelle il ne peut pas rivaliser. Le fait est que les services ambulatoires des hôpitaux assument une part croissante de la prise en charge de base. Une réalité dont les directions cantonales de la santé sont également conscientes. Contrairement à la planification hospitalière, que la Confédération exige, les cantons n’ont «de jure » pas mandat de planifier la prise en charge ambulatoire mais ils peuvent «de facto» intervenir en tout temps, s’ils le souhaitent, au moyen du pilotage des admissions. Toutefois, la plupart des cantons ne sont pas particulièrement motivés de s’engager sur ce terrain. D’autant plus qu’en raison du financement différent des prestations mé- dicales ambulatoires et stationnaires, aucune incitation financière ne les pousse à s’attaquer rapidement à la planification des soins ambulatoires de base. Et encore moins à la planification suprarégionale.

L’étude sur la prise en charge, une chance à saisir

L’étude de santésuisse met en évidence le potentiel impressionnant que recèle la création coordonnée de régions de soins supracantonales. Elle montre que la planification à l’échelle des cantons est un modèle dépassé qu’il faut remplacer par une planification régionale basée sur les groupes de médecins spécialistes et les catégories de soins. De plus, il est impératif que les cantons intègrent l’offre sans cesse croissante du secteur ambulatoire des hôpitaux dansleur planification puisque, avec l’étude actuelle, nous disposons pour la première fois d’une analyse des flux de patients basée sur des données empiriques. Une définition par la Confédération de la densité de médecins optimale serait également utile, avec des valeurs de référence ou des fourchettes par région de soins et spécialité. Cela pourrait signifier qu’à l’avenir, l’obligation de contracter resterait en vigueur jusqu’à ce que la densité de médecins optimale soit atteinte et qu’elle serait ensuite progressivement assouplie.
Les avantages d’une telle solution sont évidents: une planification et un pilotage supracantonal de la prise en charge signifieraient des gains d’efficacité massifs et des économies de coûts se chiffrant par millions. Et pour les patientes et patients, davantage de sécurité grâce à une qualité optimale des traitements. Ce qui manque encore aujourd’hui, c’est la volonté politique de tous les partenaires du système d’oser franchir le pas. L’heure est venue – et le temps presse – de trouver une solution pour remplacer le gel des admissions. (SST)

Susanne Steffen

Table ronde

Que pensent les fournisseurs de prestations et les représentants des autorités de la demande des assureurs, qui pré- conisent une planification supracantonale des besoins et des soins ? Sous la conduite de Paul Rhyn, responsable de la communication et des publications chez santésuisse, les personnalités suivantes ont participé à la table ronde: Rolf Widmer, chef du Département des finances et de la santé du canton de Glaris, Daniel Scheidegger, président de l’Académie Suisse des Sciences médicales (ASSM) ainsi que Markus Trutmann, secrétaire général de l’Association suisse des médecins avec activité chirurgicale et invasive fmCh.

Rolf Widmer, conseiller d’Etat

 

Qui paie commande. Si les cantons doivent participer au financement des soins ambulatoires, ils doivent aussi pouvoir la piloter.

 

Daniel H. Scheidegger, prof., ASSM

 

Des régions supracantonales de prise en charge sont nécessaires. Pour arriver à les créer, nous devons trouver un terrain d’entente. En fin de compte, c’est l’argent de nos impôts qu’on jette par les fenêtres si nous ne parvenons pas à nous coordonner.

 

Markus Trutmann, Dr. med., fmCh

 

En principe, il n’y a pas besoin d’une planification supplémentaire pour centraliser la prise en charge par les médecins spécialistes; il y a longtemps que la tendance va dans cette direction.

 

Interlocuteur

Informations complémentaires

Méthode et catégories de soins

En procédant à une évaluation du pool de données de SASIS SA, les flux de patients ont été examinés à l’échelle nationale pour les soins de base et les soins des médecins spécialistes; cinq classes de prise en charge ont été créées:

Catégorie de soins 1

Prise en charge de base : médecine interne générale, médecin généraliste, pédiatre

Catégorie de soins 2

Spécialistes avec prise en charge de proximité : psychiatrie et psychothérapie, gynécologie et obstétrique, ophtalmologie

Catégorie de soins 3

Spécialistes avec prise en charge régionale : dermatologie et vénérologie, radiologie, oto-rhino-laryngologie, chirurgie orthopédique et traumatologie de l’appareil locomoteur, rhumatologie, cardiologie, gastroentérologie, chirurgie, urologie, psychiatrie et psychothérapie pour enfants et adolescents, neurologie, pneumologie, anesthésiologie

Catégorie de soins 4

Spécialistes avec prise en charge suprarégionale : oncologie médicale, endocrinologie et diabétologie, angiologie, allergologie et immunologie clinique, médecine physique et réadaptation, hématologie, néphrologie, neurochirurgie

Catégorie de soins 5

Spécialités très rares avec prise en charge centralisée : chirurgie de la main, infectiologie, chirurgie pédiatrique, médecine nucléaire, pathologie, radio-oncologie et radiothérapie

Les ressources disponibles – médecins en ambulatoire et services ambulatoires des hôpitaux – ont été calculées sur la base du numéro RCC et du volume de points tarifaires en équivalents temps plein. La densité de médecins d’un canton est mesurée en équivalents temps plein.

Un résumé de l’étude peut être consulté sous www.santésuisse.ch, Communiqués, Assemblée générale de santésuisse