
Un Etat moderne doit créer des conditions permettant à tous ses habitants de mener une vie saine. Promouvoir activement la santé et éviter voire dépister les maladies en cas de nécessité en font partie. De nombreuses maladies surgissent sans que nous puissions les contrôler ou même les éviter. Aussi une bonne couverture en soins médicaux est-elle indispensable. Mais la promotion de la santé va au-delà. Selon la définition de l’OMS, « la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. » Cette définition suggère dans quelle direction la politique de la santé pourrait évoluer, en l’occurrence atténuer la notion de soins pour se concentrer sur la promotion active de la santé. Face aux nouveaux défis de notre système de santé, il est temps de renforcer la promotion de la santé et la prévention : le vieillissement démographique, l’augmentation des maladies chroniques et des troubles psychiques ainsi que l’émergence de maladies infectieuses entraînent en effet une croissance exponentielle des coûts. Ces coûts peuvent être réduits en dépistant les maladies à un stade précoce, ou en les évitant. La promotion de la santé et la prévention primaire permettent à l’individu d’adopter un environnement et un mode de vie plus sains et de déployer des ressources en matière de santé. A terme, les risques pour la population de développer des maladies diminuent. Mieux : de nouvelles études sur l’alcool, le tabac et la circulation routière démontrent que la prévention est rentable. Par ailleurs, la réduction du stress au travail ou la promotion de la santé psychique permettent de réaliser des économies massives au niveau des indemnités journalières et des rentes d’invalidité. A ses débuts, la loi sur la prévention a éveillé des attentes – à présent déçues – car la promotion de la santé et la prévention primaire y occupaient une place prépondérante. Dans le projet actuel, l’objet et le but de la loi visent la prévention et la détection précoce de maladies humaines transmissibles, très répandues ou particulièrement dangereuses. Une importance considérable est accordée à la prévention secondaire, soit à la détection précoce de maladies, un domaine déjà réglementé par des lois spécifiques (article 26 LAMal; LAA; Loi sur le travail, Loi sur les épidémies et lois sur la santé). Un autre point négatif concerne le financement : la limitation au supplément de prime LAMal et à la taxe pour la prévention du tabagisme est contraire à l’exigence de la loi qui préconise un usage plus efficient des ressources disponibles. Ainsi, toutes les ressources affectées actuellement aux objectifs de prévention devraient être régies par la loi fédérale sur la prévention, autrement dit celles de l’OFSP, du bpa et de la SUVA. « De quelle prévention avons-nous besoin ? », peut-on lire sur la couverture du présent numéro d’infosantésuisse. La réponse est « de toutes », tant de la promotion de la santé, que de la prévention primaire, secondaire et tertiaire. Nous vous expliquons pourquoi. Découvrez aussi pourquoi à la question « Avons-nous besoin d’une loi sur la prévention ? », nous répondons malgré tout « oui ».
Dr. Reto Guetg, Médecin conseil de santésuisse