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16.12.2020

Réserves des assureurs-maladi

Evénements imprévisibles: lorsque l’argent vient à manquer à un assureur-maladie

Chaque Suisse et chaque Suissesse doivent obligatoirement s’assurer contre la maladie. Nous payons des primes et, en contrepartie, notre assureur prend en charge les coûts des examens, traitements et médicaments lorsque nous tombons malade. Mais que se passe-t-il si la caisse-maladie que nous avons choisie ne peut plus payer nos factures ?

Comme pour tout prestataire de service, le risque que les assureurs-maladie soient confrontés à des difficultés financières existe aussi. Cela pourrait être un événement inattendu, un crash boursier, une crise immobilière ou une pandémie. Des difficultés financières pourraient aussi survenir suite à une décision des tribunaux entraînant des paiements importants, un afflux très important de nouveaux clients dont les coûts sont bien supérieurs à ce qui était prévu ou un volume sous-estimé de factures encore impayées.

Compensation des risques et fonds d’insolvabilité

En principe, il n’y a pas lieu de s’inquiéter dans de tels cas: les caisses-maladies planifient en anticipent ce genre d’événements et le système d’assurance-maladie repose sur le principe de la solidarité. Les assureurs qui ont beaucoup de clients en bonne santé versent, dans le fonds de compensation des risques, des contributions destinées à d’autres assureurs dont l’effectif d’assurés est principalement composé de malades ou de personnes âgées. Ces versements compensatoires sont calculés selon une formule complexe et ont pour but de permettre aux assureurs confrontés à des dépenses élevées de les assumer. De plus, il existe un fonds d’insolvabilité qui prend le relais en cas d’insolvabilité d’un assureur et se charge des paiements qu’il n’est plus en mesure de faire.

Fragilisation de l’ensemble du système

Mais que se passe-t-il si plusieurs événements se produisent simultanément? Ou si plusieurs assureurs-maladie sont pris dans la tourmente en même temps? A première vue, la question semble plutôt théorique mais une telle situation n’est pas aussi improbable qu’il y paraît. En effet, en cas de pandémie par exemple, les bourses s’affolent, les dépenses augmentent en raison du grand nombre de malades, de médicaments, de vaccins et, pour couronner le tout, les placements fondent en raison de la situation économique qui se péjore. Si d’autres coûts viennent encore charger le bateau, par exemple un afflux de nouveaux clients, une caisse-maladie peut se retrouver dans une impasse financière.  

Bien entendu, on peut argumenter qu’il s’agit là d’une situation de concurrence normale: les assureurs non solvables disparaissent ou fusionnent, et leurs clients cherchent un nouvel assureur. Puisqu’ils sont obligés de changer de caisse, ils vont certainement choisir celle qui offre les primes les plus basses. Mais à cause de ses primes si avantageuses, cette nouvelle caisse n’est justement pas préparée à faire face à un tel afflux inattendu. D’où une hausse inévitable des primes. A cela s’ajoute que si une caisse est insolvable, elle n’est plus en mesure de s’acquitter des versements au titre de la compensation des risques. La loi prévoit certes que le fonds d’insolvabilité intervient alors et prend le relais, mais lui aussi ne dispose pas de moyens illimités. Si ce fonds ne suffit pas pour payer les factures des assureurs insolvables ainsi que les contributions alimentant la compensation des risques, le déficit doit être pris en charge par l’ensemble des payeurs de primes – avec, à la clé, une hausse de primes inévitable.

Réserves solides pour parer aux impasses financières

Pour faire face à de tels événements imprévisibles, chaque assureur dispose de réserves dans lesquelles il puise en cas de crises financières. Grâce à ces réserves, il a été possible, au début de cette année, d’exclure une hausse massive des primes en dépit de la pandémie. Il n’empêche que nous vivons actuellement une période de grande incertitude. Nous ne savons pas encore quelles seront les répercussions financières de la pandémie ou quels autres événements vont impacter les assureurs-maladie. Car en dépit d’une planification très prévoyante et prudente, il n’est pas possible de se préparer à toutes les éventualités. C’est ce que nous a montré l’année 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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