«Les hospices ont besoin de tarifs adaptés à leurs besoins »

Article infosantésuisse


08.10.2018

Soins palliatifs à l’hospice

«Les hospices ont besoin de tarifs adaptés à leurs besoins »

En Suisse, une dizaine d’hospices accompagnent et soignent les malades incurables – jeunes et vieux – dans leur dernière phase de vie et les aident à mourir dignement dans un cadre réconfortant. Ils accomplissent leur travail avec un engagement admirable, mais sont généralement confrontés à d’importants problèmes financiers.

Dans un entretien accordé à infosantésuisse, Hans Peter Stutz, directeur de l’Association des hospices suisses, explique pourquoi les hospices sont indispensables pour compléter les soins palliatifs de base et pourquoi leur financement ressemble à un parcours semé d’embûches.

infosantésuisse : qu’entend-on exactement par hospice ?

Hans Peter Stutz : Conformément à la stratégie en matière de soins palliatifs de la Confédération, les hospices sont des institutions médico-sociales spécialisées investies d’un mandat de soins palliatifs. Les patients d’un hospice sont des personnes gravement malades mais à peu près stables, si bien que les soins et la prise en charge sont possibles et indiqués en dehors d’un hôpital de soins aigus. La tâche d’un hospice n’est pas de soigner, mais de soulager – et d’offrir un accompagnement global digne à ces personnes en fin de vie, incluant également les membres de leur famille.

Hans Peter Stutz

Hans Peter Stutz, directeur de l’association des hospices suisses .

Comment expliquez-vous que les hospices soient généralement déficitaires et qu’ils ne survivent que grâce à des dons ?

A de rares exceptions près, les hospices suisses bénéficient du statut d’EMS spécialisé en soins palliatifs et facturent donc leurs prestations selon le tarif pour les soins en vigueur. Or le fait que les soins par patient soient deux fois plus élevés dans un hospice que dans un EMS classique n’est pas pris en compte. Nous pouvons actuellement facturer 700 francs par jour et par patient, mais les coûts effectifs d’un patient admis en soins palliatifs s’élèvent au bas mot à 1000 francs. Cela signifie que chaque patient d’un hospice génère un déficit de 300 francs par jour. C’est la raison pour laquelle les hospices – qui sont généralement organisés sous forme de fondations – dépendent dans une large mesure de dons pour combler leur déficit d’exploitation.

Pourquoi les soins à l’hospice sont-ils si chers ?

Nous avons affaire à des personnes gravement malades en fin de vie. Si l’on compte 0,6 soignant par patient dans un EMS, il en faut 1,2 par patient dans un centre de soins palliatifs spécialisé. Cela correspond au niveau de prise en charge d’un hôpital standard, notamment aussi en ce qui concerne les qualifications du personnel soignant.

Alors pourquoi les hospices ne sont-ils pas organisés sous forme d’hôpitaux et ne facturent-ils pas des forfaits par cas ? Cela réglerait une partie des problèmes de financement.

Pour être admis en tant qu’hôpital, il faut, outre un mandat de prestations du canton, disposer également d’une infrastructure hospitalière avec un système de médecins-chefs. Cela revient très cher et ne correspond pas aux besoins de nos patients, qui sont souvent « lassés » des hôpitaux; ils ont déjà suivi tous les soins médicaux possibles dans un hôpital de soins aigus et n’aspirent plus qu’à une seule chose : vivre les derniers jours de leur vie avec un maximum de confort et de réconfort, dans un environnement familial. Sans qu’on leur mette la «pression»
pour quitter l’hôpital ni qu’on comptabilise les journées de traitement avec l’incertitude de « l’après », si la mort met plus de temps à venir qu’escompté. Il n’existe actuellement que trois hospices en Suisse ayant un statut d’hôpital: deux à Bâle et un à Blonay, dans le canton de Vaud.

 

«En Suisse, la ‹culture› des hospices en est encore à ses premiers balbutiements.»

 

Faites-vous de la concurrence à l’offre de base des hôpitaux de soins aigus ?

Non, au contraire. Dans la « Stratégie nationale en matière de soins palliatifs », l’offre générale de soins palliatifs dans les hôpitaux de soins aigus occupe une place essentielle. Il est important de savoir que ces structures de soins de premier recours – dont font partie des hôpitaux de soins aigus, des EMS ainsi que des organisations d’aide et de soins à domicile – soignent actuellement près de 80% des personnes gravement malades. Et elles le font très bien. Le but de l’hôpital est de stabiliser les patients afin qu’ils puissent soit être pris en charge par un EMS ou soignés de façon ambulatoire à la maison, avec l’assistance du médecin de famille et d’une organisation d’aide et de soins à domicile. Le problème de cette chaîne de prise en charge, ce sont les réadmissions fréquentes à l’hôpital. Si l’état de santé d’un patient vient à se dégrader, qu’il soit soigné à l’EMS ou à la maison, il faut à chaque fois tout reprendre à zéro: hospitalisation d’urgence, stabilisation, sortie, EMS et peu de temps après nouvelle hospitalisation d’urgence. Ce cercle vicieux est souvent pénible à vivre pour les patients et coûte très cher au système de santé.

Cela signifie que 20% des personnes gravement malades devraient en fait être soignés dans des hospices ?

Non, sur ces 20%, « seuls » environ 3% sont soignés dans des hospices. Tous les autres ont besoin d’autres soins palliatifs spécialisés: que ce soit dans un service de soins palliatifs d’un hôpital de soins aigus ou à la maison, par une organisation d’aide et de soins à domicile spécialisée dans les soins palliatifs. L’hospice accueille des patients relativement stables en fin de vie. Notamment ceux qui ne peuvent pas être soignés à la maison, par exemple parce que les membres de leur famille ne sont pas sur place ou ne sont pas à mêmes d’assumer cette tâche.

Mais le séjour dans un service de soins palliatifs d’un hôpital revient sûrement plus cher que dans un hospice.

C’est vrai. L’hôpital facture un forfait DRG, qui est généralement plus élevé que le tarif des soins facturé à l’hospice. Une journée dans un service de soins intensifs coûte environ 2500 francs contre 1000 francs pour un jour de soins à l’hospice. En développant de manière ciblée son infrastructure d’hospices, la Suisse pourrait donc décharger massivement son système de santé. Si nous adoptons une approche conservatrice, nous pouvons avancer le chiffre de 50 millions de francs d’économies par an.

Quelle place est accordée en Suisse aux hospices ?

La « culture » des hospices en est encore à ses premiers balbutiements. Nous disposons actuellement de 135 lits répartis sur 13 établissements. Cela correspond à environ un tiers des besoins effectifs. Mais les choses bougent: cinq nouveaux projets sont en préparation. Notamment l’hospice de Suisse centrale à Lucerne/Littau, dont la construction devrait commencer sous peu, et qui sera un centre de compétences pour les soins palliatifs spécialisés avec des offres stationnaires et ambulatoires. C’est une bonne nouvelle notamment pour les jeunes personnes gravement malades. Car les seules solutions qui leur sont proposées actuellement sont l’hôpital ou l’EMS, ce qui constitue, on le comprend aisément, une charge psychique inutile pour les patients et leurs familles.

Que demande l’Association des hospices suisses aux responsables politiques et notamment aux assureurs-maladie ?

Nous leur demandons de reconnaître d’une part l’importance sanitaire et économique des hospices. Nos établissements offrent des soins et un suivi optimaux aux personnes gravement malades tout en étant bien moins chers que les hôpitaux de soins aigus. D’importantes économies sont inexploitées. D’autre part, il est temps qu’on nous aide à fixer des tarifs appropriés pour les hospices. Ce n’est qu’ainsi qu’il sera possible de développer en Suisse une « culture des hospices » soutenue par la politique et la société, comme c’est par exemple le cas depuis longtemps en Allemagne. C’est à cette condition que nous ouvrirons la voie pour d’autres établissements absolument indispensables. Nous ne nous faisons aucune illusion: les hospices continueront de dépendre de dons. Mais il faut clairement viser un financement à partir de l’assurance obligatoire des soins qui permette aux hospices de ne pas être déficitaires.

 

«Les hospices ont besoin de tarifs appropriés pour remplir leur mission.»

 

Menez-vous actuellement des négociations avec les assureurs-maladie et leurs communautés d’achat ?

L’Association des hospices suisses n’existe que depuis trois ans. Depuis sa fondation, nous avons développé les bases en vue des discussions au plan politique et des négociations pour de meilleurs tarifs. Nous entamons à présent les négociations à divers niveaux. Nous nous réjouissons des prises de position politiques qui demandent dans toute la Suisse que les hospices trouvent la place qu’ils méritent.

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