Point de vue de Heinz Brand dans le Matin Dimanche du 10 décembre 2017

Point de vue


08.12.2017

Point de vue: Boycott des primes

Point de vue de Heinz Brand dans le Matin Dimanche du 10 décembre 2017

À propos de l’article intitulé «La révolte citoyenne contre la hausse des primes maladie a sonné», paru le 19 novembre.

Les primes d’assurance-maladie sont une source de préoccupation pour bon nombre de citoyens. Je partage leur inquiétude et cherche en permanence des solutions pour contenir la hausse des coûts de la santé à l’origine de l’augmentation des primes. Malheureusement, il n’existe pas de réponses toutes faites, parce que personne, en tant que patient, ne souhaitera jamais renoncer à la meilleure offre possible et parce que les prestations superflues des hôpitaux et des médecins ne peuvent que difficilement être contrôlées avec les moyens actuels.

La hausse des primes engendre des frustrations tout à fait compréhensibles. Mais ceux qui se laissent tenter par la critique seraient mieux inspirés de se renseigner avant de se focaliser sur les assureurs-maladie uniquement. Car lorsqu’il s’agit des primes, les protestations manquent, à notre sens, leur cible. À Genève, où une manifestation a été organisée pour protester contre la hausse des primes, un appel à boycotter leur paiement a été lancé. Les manifestants semblaient oublier un peu vite que ces dernières sont l’exact reflet des coûts de la santé, d’ailleurs particulièrement élevés à Genève.

Dans ce contexte, deux questions viennent à l’esprit: à quoi servent les primes et qu’est-ce qu’un boycott pourrait changer? La première réponse est simple: sur 1 franc, 95 centimes sont employés pour payer les prestations médicales. Les assureurs maladie utilisent les 5 centimes restants pour couvrir leurs frais administratifs. Un boycott serait donc avant tout dirigé contre les prestations de soins auxquelles la population a elle-même recours et deviendrait ainsi une arme à double tranchant. Les diverses enquêtes d’opinion révèlent en effet que la population refuse toute réduction de l’offre de soins. Et que la qualité et la proximité de l’offre sont plus importantes aux yeux des Suisses que les coûts.

En cas de boycott, le canton de résidence devrait assumer 85% des impayées par ses assurés. Les 15% restants seraient à la charge de ceux qui s’acquittent toujours consciencieusement de leurs primes. De plus, certains cantons prévoient que les personnes qui ne paient pas leurs primes n’ont droit qu’aux soins d’urgence. On comprend aisément que seules les gens en bonne santé et les riches pourraient se permettre un boycott. Les malades chroniques, qui ont besoin d’une assurance-maladie opérationnelle, ne peuvent pas se contenter de soins d’urgence. Les appels à ne plus payer les primes manquent donc cruellement de clairvoyance et de solidarité. Espérons que les manifestants de Genève en prendront rapidement conscience. Car, si les primes étaient réellement boycottées, les médecins, les hôpitaux et le personnel soignant risquent de ne plus être rémunérés après un très court laps de temps: les réserves des assureurs leur permettent en effet de tenir tout au plus dix semaines.

Interlocuteur

Informations complémentaires

Ce point de vue est paru initialement dans le Matin Dimanche du 10 décembre 2017