De répondant des coûts à coach de santé
Le Digital Health Report 2025/2026 de la Haute école zurichoise des sciences appliquées (ZHAW) analyse le degré de maturité numérique des acteurs de la santé. Les assurances-maladie occupent la deuxième place du classement, juste derrière l’industrie pharmaceutique, mais elles ont encore fort à faire en matière de numérisation.
Le marché mondial de la santé numérique ne cesse de croître. On estime qu’il devrait atteindre environ 200 milliards de dollars en 2025. Cette croissance repose sur la progression de la transformation numérique du secteur et sur la demande des clients en offres de santé numérique. À cela s’ajoutent les progrès technologiques réalisés notamment dans les domaines de l’intelligence artificielle (IA) et des capteurs, qui permettent de mettre sans cesse au point de nouveaux modèles de soins.
Des signes encourageants
En Suisse aussi, la population s’intéresse de plus en plus aux offres de santé numériques: la télémédecine, les ordonnances électroniques et l’accès simplifié aux données médicales sont particulièrement plébiscités. «On observe des signes encourageants, notamment des progrès dans les réglementations, un milieu de l’innovation actif et les premiers développements visibles vers une numérisation accrue du système de santé», confirme Alfred Angerer, professeur en gestion de la santé à la Haute école zurichoise des sciences appliquées (ZHAW). Avec Sina Berger, collaboratrice scientifique, il a coédité cet automne le cinquième Digital Health Report. «Toutefois, la Suisse n’a pas encore rattrapé son retard sur les autres pays leader au niveau international.»
Assureurs-maladie: un degré de maturité numérique moyen
Dans le dernier rapport en date, des experts externes ont analysé le degré de maturité numérique de six groupes d’acteurs de la santé à l’aide d’un modèle récemment développé (voir graphique). Comparés aux pharmacies, aux cabinets médicaux, aux hôpitaux et aux organisations d’aide et de soins à domicile, les assureurs-maladie occupent la deuxième place et présentent un degré de maturité moyen à plutôt bon. Ils sont donc bien positionnés en la matière. Alfred Angerer explique que «les assureurs atteignent des hauts degrés de maturité notamment grâce à leurs services numériques offrant une valeur ajoutée directe aux assurés». Ces services comprennent par exemple la facturation numérique, la télémédecine ou le «symptom checker». Dans le même temps, des lacunes ont été constatées dans le domaine des appareils de télémédecine et de la personnalisation d’offres de prévention, que de nombreux assurés jugent particulièrement importants, selon Alfred Angerer.
La voie à suivre pour l’avenir
Les auteurs de l’étude conseillent aux assureurs-maladie de devenir à l’avenir des acteurs de santé proactifs. Ils ont identifié trois champs d’action pour atteindre cet objectif:
- Étendre l’infrastructure numérique et les partenariats: les assureurs-maladie doivent investir eux-mêmes ou avec des partenaires dans des plateformes technologiques afin de proposer la télémédecine, des solutions thérapeutiques numériques et des analyses de données avec davantage de sécurité et d’efficience.
- Continuer à explorer le modèle d’affaires des appareils intelligents: s’intéresser aux programmes visant à promouvoir et à intégrer des appareils de santé intelligents. Cela peut se faire par le biais d’incitations ciblées telles que des réductions de primes, des participations aux coûts ou des modèles de bonus lorsque des appareils électroniques portables (montres connectées, trackers d’activité, etc.) sont régulièrement utilisés.
- Promouvoir un changement de culture et l’orientation client: le rôle de l’assurance continue d’évoluer, passant de simple répondant des coûts à coach de santé. Cela nécessite un changement de mentalité au sein de l’organisation. Le développement systématique des compétences numériques internes en matière de santé devient une priorité pour se préparer à l’avenir de la santé numérique.
Assureurs-maladie en qualité de fournisseurs de prestations médicales
À l’avenir, les assurances-maladie pourraient donc se positionner de plus en plus comme des fournisseurs de prestations médicales, par exemple en proposant des plateformes de télémédecine offrant un accès facilité aux consultations médicales. Selon les auteurs de l’étude, la personnalisation pourrait être un autre élément central qui générerait une plus-value grâce à l’IA. «L’analyse de données personnelles de santé telles que les profils génétiques ou les données vitales saisies en continu permettrait de développer des programmes de prévention et de traitement sur mesure.» Les appareils intelligents utilisés à domicile pour monitorer le sommeil, contrôler les mouvements ou identifier précocement les maladies chroniques feraient partie de l’équipement de base des assurés.
Ce qu’attendent les clients des assureurs-maladie
Les résultats du sondage montrent que les clients souhaitent davantage d’offres de prévention et un vérificateur de symptômes ou symptom checker numérique. Le fait que les assureurs aient besoin pour ce faire d’accéder à leurs données personnelles, par exemple à leur dossier médical, ne semble pas les déranger. Les assureurs jouissent donc d’une grande confiance et peuvent encore marquer des points grâce à des innovations dans le domaine des prestations personnalisées.